30 décembre 2006
johan strauss
Apogée de la Valse : la dynastie des Strauss A partir du 19e siècle, le rôle de Vienne va se révéler considérable dans le développement de la valse. La ville ouvre partout de grandes salles recouvertes de parquet. La valse dansée à la manière paysanne, en sautillant, va se transformer en une danse de salon où l'on tourne en glissant. On considère généralement que l'histoire de la valse est liée à celle de la famille Strauss. Le premier, Johann Strauss, né en 1804, orphelin à l'âge d'un an, grandit dans une ambiance populaire. Doué pour la musique, il se fait recruter dans l'orchestre de danse de Pamer avec un certain Lanner qui devint son ami. Ce dernier fonde lui-même un orchestre de douze exécutants dont J. Strauss deviendra le premier violon. Ni l'un, ni l'autre n'ont appris jusque- là les règles de la composition. Weber, directeur de l'opéra de Dresde et compositeur de la célèbre “Invitation à la danse“, leur servit de maître. DW4503 - Carl Maria von WEBER : Invitation à la danse DL1524 - Joseph LANNER : Valses - Polkas - Galops Un malentendu survient entre les deux musiciens et la rupture éclate après un bal en 1825. Dès lors, Johann Strauss crée son propre orchestre et, en 1830, il a deux cents musiciens sous ses ordres. Son style est impérieux et tonique, son attaque est brusque, selon la tradition tzigane. Son coup d'archet est violent et sensuel. A Vienne, comme le dira Wagner, la foule est littéralement enflammée par Strauss. Celui-ci voyage à travers toute l'Europe où il fait apprécier la valse viennoise, à la tête de son orchestre. C'est à Paris qu'il va chercher une consécration officielle. Berlioz, critique musical dans le “Journal des débats“, consacrera un long article à Johann Strauss et expliquera la supériorité de la musique allemande sur la musique française. Johann Strauss est l'auteur de 250 valses et autres danses. Son fils, Johann Strauss Junior, qui a reçu une formation musicale beaucoup plus solide que son père, crée également son orchestre et compose des valses très élaborées sur le plan musical. Il devient même le rival de son père pendant la révolution de 1848. En effet, le père prend parti pour les Habsbourg tandis que le fils donne son soutien au clan des insurgés. A cette époque, Johann Strauss Père compose la célèbre “Marche de Radetzky“ en l'honneur du général de l'armée des Habsbourg. DS8987 Johann STRAUSS I Marche de Radetzky Plus tard, Johann Strauss Junior, compositeur hors-pair et d'une inspiration très prolifique, se réconciliera avec la Cour et s'efforcera de prolonger l'œuvre paternelle. Johann Strauss Junior veut accéder à une qualité d'écriture qui permettra de rapprocher davantage la valse de la musique classique. Son père avait déjà introduit la syncope . Ce rythme obligeait le danseur à se concentrer pour garder le tempo. La valse n'a plus rien de sauvage. Ce n'est plus une transe paysanne mais un rythme sacré. Johann Strauss Junior déserte presque définitivement les salles de bal à partir de 1865 pour se consacrer à la composition. DS8987 Johann STRAUSS II : Le Beau Danube Bleu DS8943 Johann STRAUSS II : La Valse de l'Empereur DS8821 Johann STRAUSS II : Vie d'artiste - Aimer, boire, chanter DS8828 Johann STRAUSS II : Histoires de la forêt viennoise DS8886 Johann STRAUSS II Sang Viennois A l'âge de 28 ans, Johann Strauss Junior est victime d'une attaque. Il fait appel à son frère Joseph, futur ingénieur, pour prendre sa place à la tête de l'orchestre. Le 23 juillet 1853, Joseph signe sa première valse. Il en produira 221 autres. Le troisième fils, Edouard, vient seconder à son tour son frère Joseph. Le soir de la “Première d'Edouard“, l'orchestre est divisé en trois parties. Chaque frère Strauss dirige une partie de l'orchestre. Trois frères compositeurs et dont l'activité est toute entière dédiée à un même genre musical, voilà qui décourage quiconque de vouloir, d'oreille, attribuer avec certitude la paternité d'une oeuvre à l'un des trois musiciens, même pour un public viennois initié dès sa plus tendre enfance aux moindres soubresauts de la valse. A Vienne, les affiches ne font d'ailleurs plus figurer les prénoms de chaque membre de la célèbre famille. En 1889, Johann Strauss Junior compose la “Valse de l'Empereur“, un dernier sommet avant le déclin de cette prodigieuse dynastie de musiciens. Le dernier frère meurt en 1916, durant la première guerre mondiale. DS8831 Johann STRAUSS II & Joseph STRAUSS : Valses (Kaiserwalzer) Après la disparition des Strauss , Vienne continue à valser. Des centaines de bals, s'ouvrent chaque année et, parmi les grands bals de la saison : l'Opernball, le bal de l'Opéra. C'est en 1877 qu'eut lieu le premier bal de l'Opéra qui réunissait les têtes couronnées du monde entier. Plus tard, il sera le lieu des rendez-vous mondains du “grand capital“. Dans les années 1980, l'Opernball deviendra le siège de la contestation de la gauche viennoise contre cet étalement de richesse.
le beau danube bleu
En 1933, Maurice Lehmann, directeur du Châtelet, préside également aux destinées du théâtre de la Porte Saint-Martin où il vient de subir un échec avec La Dubarry de Théo Mackeben malgré la présence d'une distribution de premier ordre emmenée par la ravissante et bien chantante Fanély Revoil. Il raconte dans ses mémoires (1) son choix entre plusieurs livrets : "À Londres, on donnait une opérette viennoise qui arrivait tout droit de Broadway, et qui remportait un très grand succès. L'ouvrage s'appelait Wiener Waltz et la musique en était de Johann Strauss. Je fus très déçu en la voyant ; la grâce, le charme des valses de Strauss avaient été complètement déformés par la mise en scène américaine, beaucoup trop importante ; il ne restait rien de l'histoire naïve et charmante de la rivalité du père et du fils Strauss. Je rentrai assez décontenancé à Paris, lorsque l'idée me vint qu'il serait peut-être intéressant de retrouver le livret original duquel avait été tiré le grand show américain. Dès que j'en eu pris connaissance, j'appelais Mouézy-Eon et, avec Marietti, nous nous mîmes au travail pour faire une adaptation française de ces Valses de Vienne..." Le spectacle fut un grand succès à la création, succès qui se confirma au cours des décennies suivantes : " Cette opérette était réussie scéniquement et musicalement. La pièce était amusante et la partition réunissait les jolies valses viennoises des deux Strauss, valses qui garderont toujours une élasticité, une séduction particulières, mousseuses comme un champagne bien frappé... André Baugé était naturellement le héros, Johann Strauss fils et Pierre Magnier, excellent comédien, jouait le rôle de Johann Strauss père... Mademoiselle Lucienne Trajin... chantait le rôle de Rési, tandis que Fanély Revoil incarnait la Comtesse avec tout l'abattage et le charme qui devaient faire d'elle la vedette incontestée de l'opérette... La somptueuse mise en scène de Maurice Lehmann devait beaucoup aux décors de Messieurs Deshays et Bertin et aux costumes dessinés avec art par Marie Laurencin..." (2) Une grande réussite donc à la Porte Saint-Martin, mais c'est sur la scène incomparable du théâtre du Châtelet, où Maurice Lehmann l'introduira dès 1941, que Valses de Vienne donnera toute sa mesure. On ne compte pas moins de 6 reprises sur cette scène, la dernière ayant eu lieu en 1974. Mogador accueillera Valses de Vienne en 1975 et 1977. Mady Mesplé (ph. F. Doucet) (1981) Après André Baugé, Henri Vidal, Henri Gui et Jean-Claude Darcey furent les Strauss junior parisiens. Rési fut chantée par Lillie Granval, Madeleine Vernon, Janine Ervil, Huguette Boulangeot, Margaret Latour et Brigitte Krafft. Dans le rôle de la Comtesse se succédèrent Jane Montange, Colette Riedinger, Line May, Nicky Nancel et Nadine Capri. Enfin, André Baugé, en 1958, 25 ans après la création de l'ouvrage, interpréta au Châtelet Johann Strauss père. Si Paris a aujourd’hui (provisoirement ?) abandonné Valses de Vienne, l’ouvrage est toujours à au répertoire des théâtres de province et enchante encore chaque année des milliers de spectateurs. Par contre, cette opérette " fabriquée ", créée à Vienne en 1931 est aujourd’hui totalement oubliée tant en Autriche qu’en Allemagne.
29 décembre 2006
hymne à la beauté
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme, Ô Beauté ? ton regard infernal et divin, Verse confusément le bienfait et le crime, Et l'on peut pour cela te comparer au vin. Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore; Tu répands des parfums comme un soir orageux; Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore Qui font le héros lâche et l'enfant courageux. Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ? Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien; Tu sèmes au hasard la joie et les désastres, Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien. Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques; De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant, Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques, Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement. L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle, Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau ! L'amoureux pantelant incliné sur sa belle A l'air d'un moribond caressant son tombeau. Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe, Ô Beauté, monstre énorme, effrayant, ingénu! Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ? De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène, Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours, Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! - L'univers moins hideux et les instants moins lourds.
28 décembre 2006
BnFLower
il n'y a plus rien
Écoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture. Immobile... L'immobilité, ça dérange le siècle. C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps. Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti... C'est vraiment con, les amants. IL n'y a plus rien Camarade maudit, camarade misère... Misère, c'était le nom de ma chienne qui n'avait que trois pattes. L'autre, le destin la lui avait mise de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu'elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture. Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens. Camarade tranquille, camarade prospère, Quand tu rentreras chez toi Pourquoi chez toi? Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d'Alésia ou du Faubourg Si tu trouves quelqu'un qui dort dans ton lit, Si tu y trouves quelqu'un qui dort Alors va-t-en, dans le matin clairet Seul Te marie pas Si c'est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs... Tu pourras lui dire: "T'as pas honte de t'assumer comme ça dans ta liquide sénescence. Dis, t'as pas honte? Alors qu'il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs? Espèce de conne! Et barre-toi! Divorce-la Te marie pas! Tu peux tout faire: T'empaqueter dans le désordre, pour l'honneur, pour la conservation du titre... Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir! Il n'y a plus rien Je suis un nègre blanc qui mange du cirage Parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre, Il en a marre qu'on lui dise: " Sale blanc!" A Marseille, la sardine qui bouche le Port Était bourrée d'héroïne Et les hommes-grenouilles n'en sont pas revenus... Libérez les sardines Et y'aura plus de mareyeurs! Si tu savais ce que je sais On te montrerait du doigt dans la rue Alors il vaut mieux que tu ne saches rien Comme ça, au moins, tu es peinard, anonyme, Citoyen! Tu as droit, Citoyen, au minimum décent A la publicité des enzymes et du charme Au trafic des dollars et aux traficants d'armes Qui traînent les journaux dans la boue et le sang Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend Et si tu veux la prendre elle te fera du charme Avec le vent au cul et des sextants d'alarme Et la mer reviendra sans toi si tu es méchant Les mots... toujours les mots, bien sûr! Citoyens! Aux armes! Aux pépées, Citoyens! A l'Amour, Citoyens! Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé la gueule à nos ainés! Les préfectures sont des monuments en airain... un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas... C'est vous dire! Nous ne sommes même plus des juifs allemands Nous ne sommes plus rien Il n'y a plus rien Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes! Des poitrines occupées Des ventres vacants Arrange-toi avec ça! Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées C'est-à-dire en enfer, là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d'être reconnu par ses admirateurs Dieu est une idole, aussi! Sous les pavés il n'y a plus la plage Il y a l'enfer et la Sécurité Notre vraie vie n'est pas ailleurs, elle est ici Nous sommes au monde, on nous l'a assez dit N'en déplaise à la littérature Les mots, nous leur mettons des masques, un bâillon sur la tronche A l'encyclopédie, les mots! Et nous partons avec nos cris! Et voilà! Il n'y a plus rien... plus, plus rien Je suis un chien? Perhaps! Je suis un rat Rien Avec le coeur battant jusqu'à la dernière battue Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens: "Apprends donc à te coucher tout nu! "Fous en l'air tes pantoufles! "Renverse tes chaises! "Mange debout! "Assois-toi sur des tonnes d'inconvenances et montre-toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe Si jamais tu t'aperçois que ta révolte s'encroûte et devient une habituelle révolte, alors, Sors Marche Crève Baise Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l'inconforme Lâche ces notions, si ce sont des notions Rien ne vaut la peine de rien Il n'y a plus rien... plus, plus rien Invente des formules de nuit: CLN... C'est la nuit! Même au soleil, surtout au soleil, c'est la nuit Tu peux crever... Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration. Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le catéchisme ombilical. C'est vraiment dégueulasse Ils te tairont, les gens. Les gens taisent l'autre, toujours. Regarde, à table, quand ils mangent... Ils s'engouffrent dans l'innommé Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel! La ponctuation de l'absurde, c'est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l'atterrissage: on rote et on arrête le massacre. Sur les pistes de l'inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l'organe, du repu. Mes plus beaux souvenirs sont d'une autre planète Où les bouchers vendaient de l'homme à la criée Moi, je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes Nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni les restes... Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter Alors, becquetons! Côte à l'os pour deux personnes, tu connais? Heureusement il y a le lit: un parking! Tu viens, mon amour? Et puis, c'est comme à la roulette: on mise, on mise... Si la roulette n'avait qu'un trou, on nous ferait miser quand même D'ailleurs, c'est ce qu'on fait! Je comprends les joueurs: ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre... Et ils mettent, ils mettent... Le drame, dans le couple, c'est qu'on est deux Et qu'il n'y a qu'un trou dans la roulette... Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir Te marie pas Ne vote pas Sinon t'es coincé Elle était belle comme la révolte Nous l'avions dans les yeux, Dans les bras dans nos futals Elle s'appelait l'imagination Elle dormait comme une morte, elle était comme morte Elle sommeillait On l'enterra de mémoire Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit! Transbahutez vos idées comme de la drogue... Tu risques rien à la frontière Rien dans les mains Rien dans les poches Tout dans la tronche! - Vous n'avez rien à déclarer? - Non. - Comment vous nommez-vous? - Karl Marx. - Allez, passez! Nous partîmes... Nous étions une poignée... Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé Écoutez-les... Écoutez-les... Ça rape comme le vin nouveau Nous partîmes... Nous étions une poignée Bientôt ça débordera sur les trottoirs La parlote ça n'est pas un détonateur suffisant Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule... Toutes des concierges! Écoutez-les... Il n'y a plus rien Si les morts se levaient? Hein? Nous étions combien? Ça ira! La tristesse, toujours la tristesse... Ils chantaient, ils chantaient... Dans les rues... Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan Et ceux de Mexico Bras dessus bras dessous Bien accrochés au rêve Ne vote pas 0 DC8 des Pélicans Cigognes qui partent à l'heure Labrador Lèvres des bisons J'invente en bas des rennes bleus En habit rouge du couchant Je vais à l'Ouest de ma mémoire Vers la Clarté vers la Clarté Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande J'imagine le téléphone dans une lande Celle où nous nous voyons moi et moi Dans cette brume obscène au crépuscule teint Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes Mes circuits déconnectent Je ne suis qu'un binaire Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte Il est tôt Lève-toi Prends du vin pour la route Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale Tu te rencontreras Tu te reconnaîtras Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans La mue ça ses fait à l'envers dans ce monde inventif Tu reprendras ta voix de fille et chanteras Demain Retourne tes yeux au-dedans de toi Quand tu auras passé le mur du mur Quand tu auras autrepassé ta vision Alors tu verras rien Il n'y a plus rien Que les pères et les mères Que ceux qui t'ont fait Que ceux qui ont fait tous les autres Que les "monsieur" Que les "madame" Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses Que ces horribles magasins bipèdes et roulants Qui portent tout en devanture Tous ceux-là à qui tu pourras dire: Monsieur! Madame! Laissez donc ces gens-là tranquilles Ces courbettes imaginées que vous leur inventez Ces désespoirs soumis Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous, Avec les poumons resserrés Les mains grandies par l'outrage et les bonnes moeurs Les yeux défaits par les veilles soucieuses... Et vous comptez vos sous? Pardon.... LEURS sous! Ce qui vous déshonore C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil Dans vos salles de bains climatisées Dans vos bidets déserts En vos miroirs menteurs... Vous faites mentir les miroirs Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes Cravatés Envisonnés Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre A un point donné A heure fixe Pour vos narcissiques partouzes. Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître Tellement vous êtes beaux Et vous comptez vos sous En long En large En marge De ces salaires que vous lâchez avec précision Avec parcimonie J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification... Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l'anonymat. Les révolutions? Parlons-en! Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer Parce qu'elles vous servent, Parce qu'elles vous ont toujours servis, Ces révolutions de "l'histoire", Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous intéresser, Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre. Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne, Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés. Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il, Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites, à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue. Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions. Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier, Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas? Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau. Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras! La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis. Vous avez le style du pouvoir Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes Comme si vous parliez à vos subordonnés, De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt, dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise: "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper" Soyez tranquilles! Pour la reptation, vous êtes imbattables; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore... Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure, Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière, Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres, De renvois mal aiguillés De demi-sourires séchés comme des larmes, Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage, Je me demande comment et pourquoi la Nature met Tant d'entêtement, Tant d'adresse Et tant d'indifférence biologique A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères, Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire, Dans votre grand monde, A la coupe des bien-pensants. Moi, je suis un bâtard. Nous sommes tous des bâtards. Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé. Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien Il n'y a plus rien Et ce rien, on vous le laisse! Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez, Nous, on peut pas. Un jour, dans dix mille ans, Quand vous ne serez plus là, Nous aurons TOUT Rien de vous Tout de nous Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse, Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles, Le sourire des bêtes enfin détraquées, La priorité à Gauche, permettez! Nous ne mourrons plus de rien Nous vivrons de tout Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant De vos fumures De vos livres engrangés dans vos silothèques De vos documents publics De vos règlements d'administration pénitentiaire De vos décrets De vos prières, même, Tous ces microbes... Soyez tranquilles, Nous aurons déjà des machines pour les révoquer NOUS AURONS TOUT Dans dix mille ans.
27 décembre 2006

