31 octobre 2006
saga (jan garbarek)
Parfois les sons de son saxophone sont cris de mouettes posées sur des grèves de pays qui n'existent pas. Mais toujours une lumière intemporelle, claire de toute la neige qu'elle contient, porte sa musique comme un souffle. En cercles ésotériques Jan Garbarek, qu'il s'approche du sacré ou du silence, des montagnes désolées ou du monde visible, demeure un passeur entre les êtres, entre les cultures. De plus en plus rare en concert, il apporte un soin infini à ses disques qui tracent un chemin de nuit au coeur pâle dans les chemins plus noirs de l'univers du jazz. Depuis l'introuvable "Esoteric Circle", à l'épopée ECM, d'abord avec les diverses rencontres que notre saxophoniste norvégien provoqua, il y a bien des nuits blanches du nord, bien des disques qui tournent encore, aurores boréales de la mémoire. Après la révélation brûlante de John Coltrane, des espaces infinis de la musique extra occidentale entrouverts, Jan Garbarek a poursuivi une quête obstinée qui l'a emmené vers de nombreux rivages : de la musique free aux racines mêmes de son folklore norvégien dressé devant lui comme une interminable ligne de rivage, derrière l'écume de la mer éternellement mouvante. Le côté hallucinatoire de son compatriote Edward Munch n'a pas été suffisamment mis en avant pour comprendre sa musique, qui n'est pas beauté glacée des sons, mais monde mouvant où "l'intérieur des êtres se télescope avec la nature extérieure".


